#Infantinout - Anatomie d'une chute (inattendue)
Après Sepp Blatter, Gianni Infantino promettait transparence et intégrité à la FIFA. Mais entre affaires louches et volte-face, le président est-il en train de réécrire l'histoire du Fifagate ?
9 août 2026

Article publié le 9 août 2026
2 Juin 2015, la FIFA vacille. Son président, Sepp BLATTER, annonce sa démission 3 jours seulement après sa réélection. L'affaire du "Fifagate" aura eu raison de lui, il ne sera pas le seul.
A l'époque, les autorités américaines ont quatorze personnes, dont plusieurs dirigeants du football mondial, dans le viseur pour des « faits de racket, d’escroquerie et de blanchiment d’argent ». Le département en charge de l'enquête suspecte les personnes incriminées d'avoir reçu pas moins de 150 millions de dollars en pot-de-vin depuis 1991 « en échange de droits des médias et de marketing lors de compétitions organisées aux Etats-Unis et en Amérique du Sud ».
Face au scandale qui éclate au monde entier, Sepp BLATTER décide de lui même renoncer à son cinquième mandat en temps que président de la Fifa mais assumera ses fonctions jusqu'à l'élection de son successeur. Le favori annoncé n'est autre que notre "Platoche" national qui annonce sa candidature le 29 Juillet, peu de temps après avoir entamé son troisième mandat de président de l'UEFA.
Mais la corruption rôde partout, et le 25 Septembre, une enquête est ouverte pour un "paiement déloyal" fait de la part de Sepp BLATTER vers Michel PLATINI, à hauteur d'1,8 Million d'euros. Bien que le jugement final de cette affaire ait abouti à un non-lieu pour le français et le Suisse en 2022, le mal était fait, et sous la pression croissante, le président de l'UEFA annonce annuler sa candidature à la présidence de la FIFA en Janvier 2016 et démissionne de son poste en Février 2016.
Mais c'est un autre transfert de l'UEFA vers la FIFA qui va s'opérer. Tapi dans l'ombre de Platini, son secrétaire général, Gianni INFANTINO, annonce sa candidature le 26 Octobre 2015 et remporte l'élection 4 mois plus tard.
Les débuts sont prometteurs, voici quelques mots tirés de son discours inaugural en temps que président de la FIFA: "Nous allons restorer l'image et le respect de la FIFA. Et tout le monde nous applaudira [...] pour ce que nous ferons à la FIFA dans le futur.". Après la crise, la reconstruction sur de bases saines. Et Gianni nous dit également ce qu'il va mettre en place : "des réformes" et [...] "une bonne gouvernance et de la transparence". J'imagine que vous voyez où je veux en venir avec de dernier mot, si important aux yeux de Gianni.
Au fil des ans, le discours ne varie que très peu : en 2019, il assure devant le congrès que la FIFA est passée d'une organisation « toxique, presque criminelle » à une institution « synonyme de transparence et d'intégrité ». Le message est clair, martelé congrès après congrès : la page Blatter est tournée, place à la gouvernance exemplaire.
Sur le papier, quelques réformes structurelles voient effectivement le jour (limitation des mandats, transparence des rémunérations, élargissement du Mondial à 48 équipes présenté comme une démocratisation du football) et il faut savoir rendre à César ce qui appartient à César, il a énormément apporté aux fédérations qui ne font pas partie des fédérations "historiques". Nous y reviendrons, l'intérêt particulier qu'il porte aux fédérations africaines et sud-américaine peut porter une double lecture... opportuniste.
Moi le premier, je dois avouer que sur les 8 premières années de présidence, peu d'agissements du dirigeant suisse m'ont dérangé en temps que supporter de football mais la réalité des derniers mois ont largement fait évolué les choses.
Si le monde a basculé dans l'irrationalité la plus totale depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, que dire de ce spectacle ridicule où le président de la FIFA a créé de son propre chef un prix spécial à remettre au président américain: le « prix FIFA pour la paix »... "Transparence", "paix", deux concepts qu'il faudrait revoir mon cher Gianni. Mais le football est sauf... pour l'instant.
Quelques mois plus tard, en plein Mondial, l'« affaire Balogun » éclate : l'attaquant américain Folarin Balogun, est expulsé lors du 16ème de finale opposant la Team USA à la Bosnie-Herzégovine pour une vilaine semelle, sanction logique. Alors qu'il est censé manquer le huitième de finale face à la Belgique, la FIFA annonce la levée de sa suspension, et le président américain (encore lui) est fier d'indiquer avoir appelé Gianni INFANTINO pour lui indiquer que Balogun ne méritait absolument pas ce carton rouge. Si le dirigeant suisse confirme avoir échangé avec Trump, il assure que les organes juridictionnels de la FIFA demeurent « indépendants ». On a connu des argumentaires plus convaincants... L'UEFA monte au créneau et dénonce "une ligne rouge dépassée".
Nous, spectateurs, pouvons seulement constater que les règles du jeu peuvent être bafouées et que la priorité n'était plus de "rendre la FIFA au football" mais plutôt de de "rendre le football à la FIFA" et d'en faire une machine lucrative dont la FIFA serait la grande gagnante (surtout du point de vue économique), sinon, comment expliquer ce changement exceptionnel de la durée de la mi-temps pour la finale ? Ceci afin de permettre la tenue d'un show à l'américaine, divertissant mais diablement long pour les joueurs qui ont dû attendre près de deux fois plus longtemps avant de remettre leurs crampons sur les prés (27 minutes au lieu des 15 habituelles).
Mais à entendre Gianni INFANTINO, nous serions les rabats-joie, ceux qui ont été aveuglés par "la haine et la critique systématique" (communiqué du 26 Juillet 2026). S'il faut savoir souligner la qualité de l'événement, et célébrer la fête que cela a été, voir le football retomber dans ses travers politiques et économiques me désole. Ainsi, voir écrit "L'Iran est entré aux États-Unis sans le moindre incident ni conflit. [...] L'équipe d'Iran a obtenu ses visas d'entrée car le football est synonyme de paix.", alors que l'équipe iranienne a vu son séjour sur le sol des Etats-Unis être fortement contraint, m'exaspère. Au même titre que cette mention à peine cachée pour l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan : "Vous pointez du doigt les rares personnes qui se sont vu refuser un visa". Ce même arbitre qui a été privé de la Coupe du Monde après s'être vu refuser l'entrée aux États-Unis par les services d'immigration à son arrivée à Miami, malgré un visa valide. Alors oui, je suis sûrement un rabat-joie, mais si on arrêtait de nous prendre pour des lapins de 6 semaines, cela ne ferait pas de mal.
Peut-être était-ce une tentative de faire passer la plus grosse pilule qui restait à venir ? Deux jours plus tard, la FIFA annonce sa volonté de créer une entreprise, la « FIFA Forward Enterprise », une société commerciale valorisée 20 milliards de dollars, regroupant les droits commerciaux et l'organisation des compétitions FIFA (Coupe du monde comprise), et destinée à ouvrir son capital à hauteur de 20 % à des investisseurs privés — parmi les noms évoqués, des proches de Donald Trump.
L'opération devait rapporter jusqu'à 4,2 milliards de dollars et toute fédération qui accueille favorablement cette initiative se verra récompensée d'une prime immédiate de 20 millions de dollars. Un pot-de-vin caché ? Noooooon, ce n'est pas le style de la maison.
Infantino qui nous promettait transparence, n'a visiblement pas jugé bon de prévenir ses plus proches partisans car il semblerait que ce projet ait été conçu dans la plus grande discrétion. Très vite, une grande partie du football mondial se désolidarise de cette initiative :
L'UEFA, réunissant ses 55 fédérations, vote à l'unanimité le rejet du projet et menace de boycotter toutes les compétitions FIFA, Coupe du monde comprise, tant que le plan n'est pas abandonné ; La CONCACAF et la Confédération asiatique (AFC) rejettent à leur tour la proposition, sans aller jusqu'à la menace de boycott ;
En interne, Carlos Cordeiro, conseiller principal d'Infantino, démissionne en dénonçant un projet « mauvais pour l'avenir à long terme du jeu » ; Kevin Lamour, directeur général et numéro trois de l'organisation, accuse publiquement son président de « mépris et d'intimidation » envers ses équipes.
Face à cette fronde, Infantino retire son projet, évoquant des « divisions » incompatibles avec l'objectif initial. Mais le recul ne suffit pas à éteindre l'incendie : l'UEFA, loin de se satisfaire du rétropédalage, adresse une mise en demeure formelle à Infantino et à la FIFA, les avertissant de ne détruire aucun document lié au dossier et se réservant la possibilité d'actions judiciaires, d'arbitrages ou de plaintes réglementaires.
Le mal est fait et les soutiens d'Infantino suivent le mouvement contestataire: Mattias Grafström, secrétaire général de la FIFA — le numéro 2 de l'organisation, et ancien chef de cabinet d'Infantino lui-même — se désolidarise publiquement dans un message interne, évoquant « une série d'événements tristes et condamnables » ; Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la FIFA, affirme n'avoir pas été informé du projet et juge son abandon « absolument nécessaire et incontestable » ; Luis Figo, Ballon d'Or 2000 et ancien soutien de poids d'Infantino lors de son accession à la présidence en 2016, publie une tribune au vitriol dans le Daily Mail, qualifiant le comportement du président de « le plus indigne et le plus intéressé » qu'il ait jamais observé dans le football, et l'appelant à démissionner « maintenant » ; Plusieurs fédérations, dont le Pays de Galles, la Serbie ou la Suède, retirent les lettres de soutien qu'elles avaient accordées à Infantino en vue de sa réélection.
L'ironie du sort ? Avant la coupe du monde, Gianni Infantino semblait se diriger tranquillement vers un nouveau mandat sans opposition en mars 2027. 1 mois et demi plus tard, des poids lourds du football mondial réclament sa démission.
Si le retrait du projet ne suffit pas, que reste-t-il à Infantino ? S'assurer les faveurs de suffisamment de fédérations pour son nouveau mandat ! Pouvoir, quand tu nous tiens...
C'est ainsi, qu'en pleine tempête, le président de la FIFA, a organisé une réunion de crise à Rabat, où l'issue proposée serait — selon des informations du Times reprises par de nombreux médias — d'attribuer la finale de la Coupe du monde 2030 (coorganisée par l'Espagne, le Portugal et le Maroc) au futur stade Hassan-II de Casablanca, en échange d'une déclaration publique de soutien de la Fédération marocaine (très influente auprès des autres fédérations africaines) à sa réélection.
L'Espagne, qui s'attendait à organiser la finale à Madrid, s'estime flouée. Mais ce geste est symbolique de la méthode Infantino: une méthode de gouvernance fondée sur les échanges de faveurs plutôt que sur des critères sportifs ou logistiques transparents. Encore une fois, la "bonne gouvernance et [...] la transparence" mentionnées lors du discours inaugural semblent être des paroles bien lointaines.
À l'heure où ces lignes sont écrites, Gianni Infantino n'a pas démissionné et ne semble pas l'envisager. Aucun candidat concurrent ne s'est encore officiellement déclaré pour l'élection présidentielle prévue en mars 2027. Mais le rapport de force a changé de nature : l'UEFA évoque désormais ouvertement l'hypothèse d'un vote de défiance, et la question n'est plus de savoir si Infantino affrontera une opposition, mais s'il conservera, d'ici là, la confiance suffisante pour se représenter dans des conditions à peu près sereines.
Rappelons que pour être élu (ou destitué par un vote de défiance), tout candidat doit obtenir au moins 106 votes sur les 211 fédérations qui seront appelées au vote. Pour la répartition:
- Europe : 55
- Afrique : 54
- Asie : 46
- Amérique du Nord et Central : 35
- Océanie : 11
- Amérique du Sud : 10
D'où l'importance pour Gianni de s'assurer les voix du continent africain. En tout cas, si les choses n'évoluent pas, il y a fort à parier que l'Europe ne le soutiendra pas à nouveau. Avec l'article paru dans "Le Telegraph" le 7 Aout, sur une supposée relation secrète qu'aurait eu Infantino durant son passage à l'UEFA et les avantages dont cette personne aurait profité, il y a fort à parier que les fédérations européennes pourraient préférer un autre candidat à partir de 2027.
Affaire à suivre...
Sources principales : FIFA, ESPN, Al Jazeera, France 24, NPR, Sky Sports, RTS, franceinfo, Eurosport, Goal.com, footmercato, The Times (via reprises de presse), CNN, Forbes, Yahoo Sports, RTE, Le Monde.
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